La francophonie dans la République: évidence ou contradiction?


le 2 mars 2012

Lieu : Ecole Normale Supérieure, salle Beckett

Première séance du séminaire "Créer et diffuser en francophonie": "La francophonie dans la République: évidence ou contradiction?"

Entretien avec Pascal Blanchard, historien (CNRS), et Robert Chaudenson, linguiste (Université de Provence)
par Alexis Diagne Thevenod (doctorant Paris IV).

 

L'enregistrement de cette séance sur

http://savoirsenmultimedia.ens.fr/expose.php?id=790

 

Les enjeux et les représentations de la francophonie sont débattus régulièrement à
travers le monde. Mais qu'en est-il du débat au sein de la société française
aujourd'hui?
La francophonie en France, définie comme un possible linguistique comprenant la
langue française, a ceci de particulier que cette dernière y est diffusée presque sans
partage dans tous les domaines de la vie sociale. Propagée par un État centralisateur,
la langue française participe d'une homogénéisation nationale.
Cependant, aussi banal peut-il paraître, l'usage quotidien de la langue française sur le
territoire national ne devrait pas occulter les questionnements sur ses significations – à
échelle individuelle et collective –, sur les relations conscientes ou non qu'ont les
citoyens à la langue officielle de l'État. L'usage du français dans les espaces de
socialisation – famille, travail, loisirs, environnement public – crée quotidiennement de
la richesse, de l'échange, mais aussi des difficultés ou des mésententes.
Traiter de la question francophone en France implique une dimension hautement
symbolique liée en particulier à l'histoire de l'immigration et aux constructions
identitaires post-coloniales au sein de la République. Unique langue de la République
par la loi, le français n'en est pas moins en contact avec d'autres langues régionales et
nationales sur le territoire. Prenant la place symbolique occupée jusqu'alors par les
langues régionales hexagonales, les langues de l'outre-mer et de l'immigration, en
particulier celles venues des régions ex-colonisées, questionnent l'hégémonie du
français (ce dont rend compte l'intérêt des sciences sociales et linguistiques sur cette
question). Par ailleurs et loin de l'image policée véhiculée par une littérature trop
souvent complaisante, une lecture politique des rapports entre la France et la
Francophonie institutionnelle ne peut voiler ni la complexité ni les dissensions fortes
qui ont marqué l'histoire de cette organisation.
Par l'immigration, par la jeunesse, par la mondialisation, le français s'enrichit, et les
idées diffusées par son emploi évoluent aussi. Si la langue est souvent considérée
comme un marqueur identitaire de la nation française, il est nécessaire de s'interroger
sur les usages et les représentations du français dans une République qui est aussi
multiculturelle et plurilingue, dans l'Hexagone et dans l'Outre-Mer.
Pascal Blanchard est historien (Laboratoire Communication et Politique du
CNRS) et co-dirige le groupe de recherche Achac – Colonisation, Immigration,
Postcolonialisme. Spécialiste du « fait colonial » et des immigrations des « Suds » en
France, ses travaux interrogent notamment les rapports complexes de la République à
son passé colonial et les prolongements contemporains de la représentation coloniale.
Robert Chaudenson est linguiste (Institut d'études créoles et francophones de
l'Université de Provence). Outre ses travaux de référence sur la créolistique, ses
recherches s'intéressent de près aux questions liées à la francophonie, à ses aspects
et sa représentation, à la diffusion du français dans les espaces francophones et nonfrancophones,
aux politiques de la langue et de l'éducation.

Publié le 29/02/2012 à 13h11
et modifié le 20/09/2012 à 19h16
par Tristan Leperlier

Identifiant :

Mot de passe :


Rejoignez-nous sur Facebook !

Entrez votre courriel pour être tenu informé des activités de francophonie-ens :




Entrez un mot :